Comprendre les besoins nutritionnels du cheval au pré
Organiser la ration alimentaire d’un cheval vivant au pré peut sembler plus simple que celle d’un cheval en box ou en activité intensive. Pourtant, il existe de nombreuses spécificités à prendre en compte pour préserver la santé, le bien-être et la performance de l’animal. Contrairement aux idées reçues, l’herbe seule ne permet pas toujours de couvrir tous les besoins nutritionnels, d’où l’importance d’une réflexion rigoureuse autour de la ration. Aujourd’hui, nous détaillons les erreurs courantes dans l’organisation d’une ration pour cheval au pré afin d’optimiser leur équilibre alimentaire.
Négliger la qualité et la quantité d’herbe disponible
L’une des premières erreurs fréquemment commises consiste à supposer que toute pâture procure, en toutes saisons, une nourriture abondante et équilibrée. La valeur nutritive de l’herbe varie en fonction du type de sol, de la composition florale, de la saison et de la gestion du pâturage. L’herbe jeune de printemps est riche en énergie mais parfois pauvre en fibres, tandis qu’en été ou en automne, elle peut devenir sèche et pauvre en nutriments essentiels.
Voici ce qu’il convient de surveiller :
- Densité du tapis herbacé : Un pâturage surpâturé conduit à une carence en fourrage.
- Variété des espèces : Une prairie diversifiée apporte une meilleure couverture nutritionnelle.
- Apports saisonniers : Adapter les compléments selon la période de l’année évite les déséquilibres.
Oublier l’apport en minéraux et vitamines
Autre erreur fréquente : penser que l’herbe couvre tous les besoins en vitamines et minéraux, notamment le calcium, le phosphore, le magnésium, le zinc ou encore le sélénium. Or, de nombreuses zones géographiques sont carencées en oligo-éléments, exposant les chevaux à des risques de carences.
| Élément | Conséquences d’une carence | Sources complémentaires |
|---|---|---|
| Calcium | Problèmes osseux, mauvaise récupération | Pierre à sel, complément minéral |
| Magnésium | Nervosité, raideur musculaire | Pierre minérale, apport spécifique |
| Sélénium | Baisse de forme, souci d’immunité | Bloc enrichi, supplément adapté |
Installer des supports à minéraux et vérifier leur consommation constitue donc un geste incontournable pour compenser les éventuels manques du pâturage.
Surévaluer ou sous-évaluer les besoins énergétiques
Chaque cheval est unique. Sa race, son âge, sa condition physique ou son activité déterminent ses besoins quotidiens en énergie. Il est fréquent, surtout au printemps, de sous-estimer la richesse de l’herbe et de voir apparaître des phénomènes de surpoids, parfois accompagnés de fourbure.
À l’inverse, un cheval âgé, en croissance ou très actif peut rapidement avoir des apports insuffisants, en particulier en période sèche ou hivernale. Ajuster l’apport énergétique est indispensable pour éviter tant la maigreur que l’excès pondéral, tous deux préjudiciables à la santé et aux performances.
Ignorer la gestion des transitions alimentaires
Le tube digestif du cheval est sensible aux changements brusques de régime. Une introduction trop rapide à l’herbe au printemps ou une alternance entre pré et apport de foin doit toujours se faire progressivement sous peine de provoquer des coliques ou des diarrhées. Adopter une transition alimentaire sur plusieurs jours, voire semaines, selon la quantité d’herbe ingérée, permet à la flore intestinale de s’adapter.
Voici un exemple de transition recommandée :
- Jour 1 à 3 : 1 à 2 heures au pré par jour
- Jour 4 à 7 : 3 à 4 heures au pré par jour
- Jour 8 à 14 : 5 à 8 heures au pré par jour
- Après 15 jours : laisser le cheval en pâture à temps plein
Cette méthode réduit significativement les troubles digestifs et améliore le confort alimentaire des chevaux.
Négliger l’eau et le sel à disposition
On constate encore trop souvent que les abreuvoirs ne sont pas nettoyés régulièrement ou que la quantité d’eau proposée n’est pas suffisante, particulièrement lors de fortes chaleurs ou chez les chevaux âgés. Une eau propre, fraîche, et en abondance reste la première nécessité nutritionnelle de l’équidé, tout autant que l’accès permanent à une pierre à sel adaptée.
Le manque d’eau peut conduire à des coliques de stase, mais aussi à une réduction de l’ingestion de nourriture, pénalisant la bonne organisation de la ration.
Sous-estimer l’impact du parasitisme
La présence de parasites intestinaux altère la capacité du cheval à assimiler les nutriments contenus dans sa ration. Un traitement vermifuge raisonné, associé à une gestion raisonnée du pâturage (ramassage des crottins, rotation des prés) optimise la digestibilité de la ration et limite l’apparition de carences malgré une alimentation quantitativement suffisante.
Oublier l’importance des fibres et de la mastication
L’herbe jeune est très appétente et riche en eau, mais elle manque parfois de fibres longues, indispensables à une bonne mastication et à l’équilibre du transit intestinal. Un apport complémentaire de foin ou de paille peut s’avérer nécessaire, surtout si l’herbe est courte ou pauvre en fibres en été. Prioriser une alimentation riche en fibres aide à prévenir les coliques et à maintenir le cheval occupé, limitant ainsi les troubles comportementaux.
Étude de cas pratique
Considérons le cas de « Volcan », un hongre de 12 ans vivant depuis plusieurs années au pré toute l’année, n’effectuant que de l’exercice léger. Lors du printemps, son propriétaire a constaté une prise de poids rapide et des signes de fourbure (boiterie, appui sur les talons). Après consultation vétérinaire et nutritionniste, il est apparu que l’herbe du pré était très riche en sucres solubles au printemps. La solution a été double : réduire le temps de pâturage, fournir du foin pauvre en énergie et installer une pierre à sel enrichie en oligo-éléments. En parallèle, Volcan a été surveillé par pesée régulière. Ce cas illustre l’importance de l’observation, de l’ajustement et du contrôle, piliers d’une ration pré adaptée.
Faire évoluer la ration au fil de l’année
L’organisation de la ration au pré doit toujours rester évolutive. En été, la densité nutritionnelle de l’herbe évolue, pouvant justifier des apports de fourrages complémentaires ou de mélanges minéraux spécifiques. En hiver, lorsque l’herbe est rare voire absente, une ration à base de foin, avec supplémentation en minéraux, est souvent nécessaire pour maintenir l’état corporel et prévenir l’apparition de carences. Être attentif aux variations corporelles du cheval et effectuer un bilan régulier sont des réflexes à adopter tout au long de l’année.
Organiser une ration équilibrée pour un cheval au pré exige rigueur, observation et adaptation. Éviter les erreurs courantes permet d’assurer santé, longévité et bien-être à son compagnon. Un suivi régulier reste la clé d’une nutrition optimale toute l’année.


